Notre première action consiste à aller à la rencontre des acteurs et à confronter nos recherches et nos connaissances théoriques à la réalité du territoire et des besoins des populations. Notre choix du territoires’est porté dans un premier temps sur le Maroc.

Ce pays est en grande mutation, tiraillé entre un mode de vie occidental dans les grandes villes et traditionnel et rural à l’intérieur du pays. Depuis plusieurs années, les nombreux chantiers initiés,représentent des signes importants en faveur des populations rurales et de la condition féminine :

  • Électrification de villages, construction d’écoles et collèges mixtes dans les douars les plus isolés.
  • Ecole obligatoire de 6 à 15 ans.
  • Réforme du code de la Famille et promotion des droits de la femme.
  • Liberté d’expression en progression.
  • Lutte contre la corruption …

Cette volonté affirmée de concilier la modernité et le progrès avec le respect de la tradition, s’est traduit notamment par des initiatives nationales pour le développement humain sur l’ensemble du territoire.

Néanmoins les difficultés restent nombreuses et un marocain sur deux de plus de 10 ans, donc en âge de lire et écrire, est analphabète.C’est ainsi que plus d’un million et demi d’enfants en âge d’être scolarisés sont privés de leurs droits à l’éducation.

Depuis 2002, l’école est obligatoire et gratuite pour tous les enfants de 6 à 15 ans. Mais les infrastructures neuves ne profitent pas encore à tous, et la situation est plus critique dans les campagnes de certaines régions.

C’est pourquoi, aux efforts de l’Etat pour donner à tous accès à l’éducation, s’ajoutent ceux de la société civile marocaine et des organismes de solidarité internationale. Ce territoire, à travers ses réalités multiples et les énergies diverses qui sont mises en œuvre, représente à nos yeux un terrain idéale pour mettre en œuvre notre projet.

La démarche préalable à la mise en œuvre de ce projet sera la réalisation d’un diagnostic territorial, d’abord à l’échelle nationale(état des lieux global des données objectives), puis à l’échelle locale.

Cet état des lieux, qui nous permettra sur ce territoire de déterminer les problématiques, les forces, les faiblesses, les enjeux économiques, environnementaux et sociaux mais aussi et surtout les attentes des personnes, nous fournira des données dans un premier temps quantitatives et objectives (diagnostic technique), mais aussi des données qualitatives. Cette seconde étape sera celle du diagnostic partagé (entretiens,questionnaires).

Les objectifs d’une telle démarche sont :

  • Avoir une meilleure connaissance de la population ;
  • Avoir un outil de connaissance sur lequel s’appuyer ;
  • Prioriser des actions répondant aux besoins et attentes de la population ;
  • Aider à la décision en mobilisant des forces de propositions.

Un premier séjour au Maroc a été organisé en mai 2017 ; son but était de permettre les premiers contacts avec des acteurs institutionnels, associatifs mais aussi et surtout, les premières rencontres avec la population.

Nos observations ainsi que les différentes rencontres organisées avec :

  • Des associations intervenant dans le champ de l’action sociale en faveur de personnes en situation de grande précarité (handicap, enfance,femme, scolarisation en milieu rural)
  • Des universitaires – chercheurs à l’université de Rabat,
  • Deux anciens directeurs de l’Agence du Développement Social,
  • Un ancien Directeur du Développement social au ministère de la famille, de la solidarité, de l’égalité et du développement social,

Ces rencontres avec des acteurs clés (universitaires,chercheurs, anciens dirigeants de l’Agence du Développent Social et dirigeants d’associations), nous ont conduits à formuler d’ores et déjà, un certain nombre de constats :

  • Si pour les acteurs associatifs, la question du manque de moyen reste prégnante (recherche permanente de fonds et de donations insuffisants pour couvrir les besoins), c’est la question de l’absence de lieux, de locaux où assoir et structurer leurs interventions qui semblent transversale et que nous avons retrouvé dans l’ensemble de nos entretiens. Il semblerait que très peu d’association aient les moyens d’accéder à des locaux, et la plupart d’entre eux utiliseraient leur domicile ou leurs lieux de travail pour leurs activités associatives.
  • Si des moyens importants semblent avoir été déployés par le gouvernement, en particulier dans le cadre de l’INDH (Initiative Nationale pour le Développement Humain), c’est à l’administration et aux collectivités locales que revient l’animation et la mise en œuvre de cette politique nationale ; nous avons pu mesurer un manque évident d’opérateurs formés et organisés. Ces derniers, pour la plupart bénévoles, ne semblent disposer que de peu de savoir-faire et de compétences professionnelles (notamment en termes de démarches évaluative, de gestion ou de programmation).
  • L’action sociale au sens large est essentiellement menée par des acteurs associatifs peu ou pas formés ; il n’y a que très peu de travailleurs sociaux qui interviennent sur le terrain et les référentiels métiers semblent incomplets et parfois inadaptés.

Ces constats ont été renforcés à la lecture du bilan du programme du ministère de la famille, de la solidarité de l’égalité et du développement social du Royaume du Maroc IRTIKAE[1].

En effet, malgré les efforts importants déployés par le Maroc, en matière de développement économique et social, à l’origine de la très grande mobilisation des acteurs, ce rapport constate le manque d’efficience, d’efficacité et la « faiblesse des capacités des différentes acteurs » ; il mesure également « la persistance de dysfonctionnement liés principalement à l’absence de mécanisme de dialogue, de concertation et de partage au niveau du territoire ».


[1] http://www.social.gov.ma/fr/renforcement-des-capacités-des-acteurs-associatifs/bilan-du-programme-takwia